Une seule façade taguée et tout est délité…

Comme rappelé par Banksy dans son ouvrage « Wall and Piece », les professeurs américains James Q. Wilson (sciences politiques) et George L. Kelling (criminologie) ont développé, au début des années 80, la théorie de sciences sociales appelée « théorie de la fenêtre brisée » (Banksy, Wall and Piece, éd. Century, 2006, p.130).

Selon cette théorie, le comportement de toute personne est influencé par les normes sociales suggérées par l’environnement urbain. Lorsque cet environnement est dégradé, les individus qui y évoluent adoptent la croyance selon laquelle les normes sociales peuvent être transgressées en toute impunité. Dès lors, certains se sentiront autorisés à enfreindre lesdites normes, et ce, de manière croissante, tandis que les autres vivront dans un sentiment d’insécurité.

L’exemple utilisé par les auteurs de la théorie est le suivant : si la vitre brisée d’un immeuble n’est pas réparée, les autres fenêtres du voisinage seront également rapidement cassées puis la délinquance, sous différentes formes, augmentera de manière générale. Le raisonnement est identique s’agissant des tags et graffitis, qui ne doivent donc faire l’objet d’aucune tolérance.

Si un carreau brisé ou un tag est entendu comme le préalable à une montée de la délinquance dans le quartier concerné, le problème résiderait donc moins dans l’acte commis que dans ses conséquences… La délinquance, l’insécurité et le délitement social.

En France, cette théorie a notamment servi de fondement à l’adoption, au début des années 90, d’une loi permettant la sanction du « délit de graffiti » de manière autonome (réforme de 1992 dont les dispositions sont entrées en vigueur le 1er mars 1994).

Ainsi, en 1993, à la question écrite d’un parlementaire concernant les moyens mis en œuvre pour lutter contre la prolifération des tags et graffitis, le Ministre de l’Intérieur répondait :

« Les services de police sont tout particulièrement sensibilisés à ces formes de délinquance qui, outre les préjudices causés à la collectivité et aux particuliers, constituent des agressions visuelles et des provocations génératrices d’insécurité. » (Rép. quest. écrite n°1617 : JO Sénat [Q], 16 sept. 1993, p. 1658, extrait).

En bref, si vous croisez un mur tagué, courez !

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Photo personnelle.

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