SISMIKAZOT : Secousses à prévoir sur la scène du graff français

IMG_6143L’azote est une molécule composée de deux atomes. SISMIKAZOT aussi. Complémentaires, fusionnels, Paul et Rémi ont opté pour un nom commun, souhaitant que leur travail soit perçu comme celui d’un seul et même artiste.

Paul et Rémi, Rémi et Paul, Sismik et Azot, Azot et Sismik… Finalement, qu’importe le flacon. « On aime bien signer SISMIKAZOT car la machine est lancée mais on préfère qu’on nous appelle par nos prénoms. On est deux mecs de province, de campagne, de vrais produits du terroir, avec une même vision de la vie.

Si c’était à refaire, SISMIKAZOT serait simplement Rémi et Paul, ou même une équipe sans blaze. »

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Ce duo considère la peinture comme un mode de vie, dès lors qu’il vit de son art. Un luxe, certes, mais qui se révèle amplement mérité. Car ces deux-là sont non moins dotés de talent que bourrés d’énergie, qu’ils déploient à démarcher des lieux où ils souhaitent interagir avec la population et où on ne les attend pas toujours. Sachant qu’ils prospectent uniquement des projets qui leur tiennent à cœur, désirant avant tout « rester libres ». Et c’est à force de rencontres et de notoriété que ces projets personnels leur apportent des commandes.

« On a déjà refusé et on refusera de faire des trucs qui ne nous correspondent pas. Sinon, notre démarche est de ne faire aucune différence entre chaque projet et de donner le meilleur de nous-mêmes. Les notions de partage et d’égalité sont très importantes pour nous, donc nous faisons participer au maximum les gens qui passent ou avec lesquels nous travaillons. On a la chance d’avoir un style et, payés ou pas, le résultat est identique.

Ce qui est sûr, c’est que si on avait été rémunéré dans tout ce qu’on fait depuis nos débuts, on serait très riche. Et si on avait seulement mis du cœur dans les projets rémunérés, qu’est-ce qu’on se serait fait chier dans notre vie ! »

DSC_9941SISMIKAZOT à Salé au Maroc 2014

Paul et Rémi vivent à Saint-Céré, dans le Lot, et ont débuté le graffiti ensemble à Toulouse en 2007.

« Sur les traces d’une scène graff plutôt dense et aux côtés des meilleurs à notre avis. On a arpenté les rues, les terrains vagues et trouvé notre direction artistique très rapidement. 

Au début, on ne savait pas trop où on irait… Par contre, on savait de manière indéniable où on n’irait pas. »

C’est-à-dire vers des projets « faciles », réalisés uniquement afin de réussir à vivre de leur pratique artistique, sans naturel ni spontanéité, et « sans transpirer ».

DSC_9372Désirant que leurs œuvres soient le moins éphémère possible, ils recherchent incessamment des propriétaires les autorisant à peindre leurs murs. « Il nous faut au minimum deux jours pour faire une fresque dans la rue, c’est donc obligatoire de faire des démarches pour avoir des autorisations. Nous peignons très rarement sur des “Halls of Fame” (soit, dans une ville, les murs de référence où le graffiti est autorisé ou toléré).

Mais même si on propose nos œuvres dans des cadres autorisés, on a un minimum conscience des peines que peuvent encourir les mecs de la rue. De tête, ça doit être la loi 322-1 et ça peut être de la prison et beaucoup d’argent. Mais ces sanctions seront en pratique différentes entre un tagueur et un pochoiriste ou colleur d’art. On donne des cours à des jeunes ou des moins jeunes dans plein de structures différentes, c’est donc le minimum de pouvoir répondre à ces gens s’ils nous posent la question de la réglementation. »

flop jaunesSISMIKAZOT succède au NPK, un premier “crew” à deux, qu’ils décrivent d’ailleurs comme « le plus petit et le moins actif de France ». Néanmoins, cette notion de “crew” leur parle peu. « Si ça doit être une sorte d’équipe commerciale qui fait parler plus en étant composée de plusieurs entités, ça ne nous intéresse pas. Si c’est plus “fame” ou “bankable” de faire partie de telle ou telle équipe, ça nous intéresse encore moins. Et si le “crew”, c’est la famille, alors on vous rassure : on n’a pas besoin d’être en “crew” pour bosser en famille. »

Et celle de SISMIKAZOT, constituée de tous ceux qui les suivent et participent à leurs projets, ne cesse de s’agrandir. « Il y a plein de personnes qui gravitent autour de nous et qui nous aident tous les jours à avancer. On pense particulièrement à Claire, notre vidéaste, Julie Clément, photographe au Maroc, Been, notre consultant et régisseur, Melthino, l’apache, coach de vie, Séverine Breihl, Marion F. à la communication, Josette Pagès qui mieux qu’un tipex corrige les fautes, nos mamans à qui on a taxé tellement de trucs et qui ont en quelque sorte investi dans notre petite entreprise, Gérard, chef cuisinier avec autant d’étoiles au guide Michelin qu’il y en a dans le ciel, et beaucoup d’autres. Et, bien sûr, Knaki, Badofle et Nala, nos chiens. »

DSC_9837CHERCHE PAS A COMPRENDRE Maroc 2014

Rémi et Paul ont des styles picturaux très différents.

Ainsi, pour la création de leurs œuvres, Rémi gère les maquettes et réalise les éléments figuratifs quand Paul effectue les typographies et la partie abstraite.

 

« Un protocole de travail ? Il doit forcément y en avoir un. Le choix des couleurs est très important, la place de l’élément figuratif aussi, et la capacité de se projeter dans ce que le spectateur va imaginer quand il croisera notre œuvre.

Les thèmes se décident et se dessinent selon le lieu où nous allons travailler. On est conscient que notre peinture peut rester plusieurs jours, semaines, mois ou années : il faut donc que les gens qui vivent avec l’aiment et l’adoptent. Ou, s’ils détestent le résultat et le visuel, qu’ils apprécient au moins la démarche. Par contre, on ne veut pas se servir de nos peintures pour montrer nos engagements politiques ou dire qu’on vit dans un monde de merde et que beaucoup de gens sont des cons. Alors, on choisit la plupart du temps des messages positifs. Voire mélancoliques ou triturés mais toujours avec une lueur d’espoir. »

Depuis quelque temps, le travail s’accumule et le duo, qui passe parfois plusieurs jours et nuits d’affilés à travailler, a le sentiment de créer dans l’urgence. « Disons qu’on n’a pas le temps qu’on voudrait pour prendre le temps qu’on voudrait. A chaque fois, il manque deux jours, sans compter le repos, pour être contents du résultat et ne pas courir partout les derniers joursOn a une expo en juillet et on aimerait travailler différemment, faire des visuels sur plusieurs jours, les laisser reposer dans l’atelier puis revenir dessus… »

fresque fauve

Interrogés sur la qualification que pourrait revêtir leur pratique artistique, entre graffiti, peinture murale ou street art notamment, SISMIKAZOT affirme n’y accorder aucune importance.

« Nous sommes rentrés dans la peinture par la porte du graffiti, sans sonner et sans invitation. Dès qu’on a vu ce qu’on pouvait faire avec de la peinture, ça nous a plu et intéressé de pousser le truc à fond. C’est très français de coller des étiquettes. Nous pensons sincèrement que celle qui nous colle le plus à la peau est celle de la peinture en général. Nous sommes des artistes peintres. Mais en réalité, cette qualification n’a pas de force pour nous. Ce qui nous importe, c’est ce qu’on fait et pourquoi on le fait. On aimerait juste qu’un jour, certains arrêtent de nous appeler “les tagueurs” ou d’autres de considérer que parce qu’on peint à la bombe, qu’on a la trentaine, quelques poils au menton et qu’on écoute Orelsan en boucle, on n’aurait pas le droit de faire de l’art…

Et sincèrement, le “phénomène street art”, on s’en fout. Nous, on est dans notre atelier, en voyage, sur des murs… On produit et on n’a pas d’énergie pour mettre notre nez là-dedans. Du moment que toute personne peut se regarder chaque matin dans son miroir et être bien dans ses baskets par rapport à ce qu’elle propose, nous ne pouvons pas juger… Nous sommes très loin de ce phénomène. Est ce un moyen d’expression ? Un mode de vie ? Ou une manière de se sentir exister ? Est-ce que le graffiti pur et dur a sa place dans le street art, on n’pense pas. Et est-ce que si on enlève tous les tags sauvages dans la rue, le street art se vendra encore ? On n’pense pas non plus. »

Si le duo semble néanmoins regretter la récupération marketing de l’art urbain, il se préoccupe en tout état de cause assez peu du travail des graffeurs et street artists ou du regard de ces derniers sur leur activité, indiquant travailler pour le grand public. « Si certaines personnes jettent un œil à notre travail parce qu’ils l’assimilent au “street art”, c’est toujours positif. Mais vendre un label “street” juste pour vendre et parce que c’est en vogue, autant boire son pipi... ».

nique sa mereQuant à leurs influences, SISMIKAZOT considère d’ailleurs qu’elles se trouvent partout, « sauf dans le graffiti et le street art ». Et principalement, peut-être, dans la musique. Paul et Rémi ont d’ailleurs été membres d’un groupe de rap. Ils viennent aussi tout juste d’achever, dans le 10earrondissement de Paris, une peinture murale réalisée en hommage à Fauve, inspirée de leur chanson « Les Hautes Lumières ». Comme ils avaient offert, l’année dernière, une fresque à l’honneur de Stromae au Printemps de Bourges.

 

En outre, Paul, en tant que membre de la Compagnie de théâtre OH Z’ARTS ! Etc., « une troupe de gens passionnés et super professionnels », sort de plusieurs représentations du spectacle « Du Vian dans nos Toiles » mêlant théâtre, slam, peinture et musique. « C’est un spectacle éclectique qui rend hommage à un artiste éclectique. Boris Vian écrivait beaucoup, tout style de littérature, même sous d’autres noms. Il était aussi dans la musique et la peinture. »

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Finalement, approcher SISMIKAZOT, c’est découvrir Rémi et Paul qui, avant d’être les deux moitiés d’un duo artistique talentueux, sont surtout deux belles personnes, enthousiastes, curieuses et ouvertes à l’autre, et auxquelles on ne peut donc que souhaiter de satisfaire, sur le plan personnel, des aspirations simples, mais essentielles :

« Trouver une meuf (si possible, une pour chacun) sinon on va vraiment commencer à croire qu’on finira ensemble. A chaque fois qu’on fait nos courses, ça nous fait marrer, on a l’impression d’être en couple ! Sinon, continuer dans notre dynamique, essayer d’être sur la même longueur d’ondes, ne jamais se faire récupérer par ce système, continuer de travailler dans l’ombre et de faire plaisir à des gens. On souhaite que Fauve kiffe notre travail, on a tout donné pour ça. D’ailleurs, la collaboration avec eux continue pour la tournée des Nuits Fauve avec une animation graff à l’entrée des concerts : on a déjà fait Caen dans une ambiance folle et on les suit sur 5 autres dates (Lyon, Toulouse, Montpellier, Paris et Genève).

Enfin, on aimerait avoir un peu de temps à la cool… Ah aussi, arrêter de payer des PV à chaque fois qu’on est en ville et essayer d’être au top dans nos papiers. Dernières choses: prendre du temps pour passer voir tous les gens avec qui on a partagé quelque chose grâce à la peinture, se faire une grosse poêlée de seiches grillées à l’ail et – pourquoi pas ? – lire des bouquins. »

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Crédits photos : SISMIKAZOT, Julie Clément (photos au Maroc), Reuben Max Hendy (photo n°2 : Paul et Rémi en train de peindre) et Pascal Normand (première et dernière photos : Paul et Rémi devant la fresque pour Fauve).

Leur site : www.sismikazot.com

Leur page Facebook : www.facebook.com/sismikazot

PARIS MARS 2015-35

Le 29 mars 2015.

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